Révolution française

Keversau, un citoyen parisien impliqué dans l’attaque de la Bastille, a donné plus tard ce témoignage oculaire:

« Les armées de vétérans aguerris à la guerre n’ont jamais accompli de plus grands prodiges de bravoure que cette multitude sans chef de personnes appartenant à chaque classe, des ouvriers de tous métiers qui, pour la plupart mal équipés et peu armés, affrontaient hardiment le feu des remparts et semblaient se moquer des coups de foudre que l’ennemi leur avait lancés. Leurs fusils étaient également bien servis. Cholat, le propriétaire d’un caviste, qui était en charge du canon installé dans le jardin de l’Arsenal a été loué à juste titre, tout comme Georges, un tireur arrivé de Brest le matin même et blessé à la cuisse.

Les assaillants ayant démoli le premier pont-levis et mis leurs canons en position contre le second ne put manquer de s’emparer du fort. Le marquis de L aunay (gouverneur de la Bastille) aurait sans doute pu résister plus vigoureusement à la prise du premier pont, mais cet agent de base des despotes, mieux placé pour être geôlier, que le commandant militaire d’une forteresse perdit la tête dès qu’il vit lui-même coincé par le peuple enragé et se hâta de se réfugier derrière ses immenses bastions…

Les gens furieux de la trahison du gouverneur, qui avait tiré sur leurs représentants, prirent ces offres de paix pour un autre piège et continua d’avancer, tirant en montant vers le pont-levis menant à l’intérieur du fort. Un officier suisse s’adressant aux assaillants par une sorte de boucle près du pont-levis demanda la permission de quitter le fort avec les honneurs de la guerre. «Non, non», ont-ils pleuré. Il a ensuite passé par la même ouverture un morceau de papier, que ceux qui étaient à l’extérieur ne pouvaient pas lire à cause de la distance, criant en même temps qu’il était prêt à se rendre, s’ils promettaient de ne pas le faire. massacrer ses troupes…

Les gardes français, qui ont gardé la tête à l’heure du danger, ont formé une barrière humaine de l’autre côté du pont pour empêcher la foule des assaillants d’y accéder. manœuvre sauva la vie de milliers de personnes qui seraient tombées dans la fosse. Environ deux minutes plus tard, un des Invalides ouvrit la porte derrière le pont-levis et demanda ce que nous voulions. «La reddition de la Bastille», fut la réponse, sur laquelle il nous a laissé entrer…

Les Invalides étaient alignés à droite et les Suisses à gauche. Ils avaient posé leurs bras contre le mur. Ils ont applaudi et ont crié « bravo » aux assiégeants, qui sont venus se presser dans la forteresse. Ceux qui sont arrivés les premiers ont traité l’ennemi vaincu avec humanité et ont embrassé les officiers d’état-major pour montrer qu’il n’y avait pas de malaise. Mais quelques soldats postés sur les plates-formes et ignorant que la forteresse s’était rendue, déchargèrent leurs mousquets sur quoi les gens, transportés avec rage, se jetèrent sur les Invalides et les utilisèrent avec la plus grande violence. L’un d’eux fut massacré…

Dans l’ivresse de la victoire, les malheureux détenus des cachots de la Bastille avaient été oubliés. Toutes les clés avaient été emportées en triomphe et il fallait forcer les portes des cellules. Sept prisonniers furent retrouvés et conduits au Palais Royal. Ces pauvres gens étaient dans des transports de plaisir et pouvaient à peine se rendre compte qu’ils n’étaient pas dupes d’un rêve, bientôt dissipé. Mais bientôt ils aperçurent la tête ruisselante de leur bourreau collé à la pointe d’un brochet, au-dessus duquel était une pancarte portant les mots: «de Launay, gouverneur de la Bastille, ennemi déloyal et perfide du peuple». A cette vue, des larmes de joie coulèrent de leurs yeux et ils levèrent la main vers le ciel pour bénir leurs premiers instants de liberté.

Les clés furent remises à M. Brissot de Warville, qui, quelques années auparavant , avait été jeté dans ces cavernes du despotisme. Trois mille hommes ont été envoyés pour garder ces tours détestées en attendant la publication d’un décret ordonnant leur destruction conformément à la volonté du peuple. »

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